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8 min readFIFAGATE : Pots-de-vin pour les Coupes du monde en Russie et au Qatar

Selon un document publié par le procureur général de Brooklyn, le lundi 6 avril 2020, certains dirigeants de la Fifa ont reçu des pots-de-vin pour voter en faveur de l’attribution à la Russie et au Qatar des Coupes du monde 2018 et 2020. 

Depuis plusieurs années des soupçons planaient sur les conditions de l’octroi des éditions 2018 et 2022. Certains médias avaient déjà avancé l’hypothèse, sur la base de documents ou de témoignages, que des dirigeants de la Fifa avaient été payés pour désigner le Qatar lors du scrutin. Cependant, c’est la première fois que la justice d’un pays affirme que les votes en faveur de la Russie et du Qatar ont été entachés d’irrégularités. 

5 millions de dollars pour la Coupe du monde de Russie 

En ce qui concerne la Russie, qui avait été officiellement désignée le 2 décembre 2010 comme hôte du Mondial 2018, l’acte d’accusation inculpe trois nouveaux individus. Ainsi qu’une société détenue par Jack Warner, l’ancien président de la Concacaf, la Fédération de football d’Amérique du Nord, Centrale et des Caraïbes. A l’époque, Jack Warner était également le vice-président de la FIFA. Pour voter en faveur de la Russie, l’ancien vice-président a reçu 5 millions de dollars. Ce versement aurait été effectué par l’intermédiaire de sociétés écrans. Le document du procureur cite notamment un courrier électronique envoyé par Sepp Blatter à l’assistant de Jack Warner, lui confirmant le transfert d’argent. Ce dernier désigné comme un « proche conseiller du président de la Fifa » aurait alors fait office de contact. Jusqu’ici, Sepp Blatter nie les accusations des pots-de-vin qui concernent les Mondiaux 2018 et 2022.

Coupe du monde Qatar
Sepp Blatter

Le document publié par le procureur de Brooklyn cite également Rafael Salguero, l’ancien président de la Fédération du Guatemala et ex-membre du comité exécutif de la FIFA. Selon l’acte d’accusation, l’homme se serait vu promettre 1 million de dollars en échange de son soutien à la candidature russe lors du vote décisif, le 2 décembre 2010.
C’est donc la première fois que la justice américaine mentionnait directement la Russie. Et c’est également la première fois qu’elle affirmait que des pots-de-vin ont été versés en vue de l’organisation de la Coupe du monde 2018. Cette accusation a été rejetée par Moscou mardi 7 avril. «Nous ne comprenons pas de quoi il est question. (…) La Russie a reçu de façon tout à fait légale le droit d’organiser la Coupe du monde. Ce n’est pas lié à de quelconques pots-de-vin, nous démentons cela catégoriquement», a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

En ce qui concerne le dossier qatarien, le document affirme également que plusieurs dirigeants ont reçu des enveloppes pour acheter leurs voix. Il cite notamment Ricardo Teixeira, l’ancien président de la Fédération brésilienne de football (CBF) et  Nicolas Leoz, l’ex-président de la Confédération sud-américaine de football (Conmebol) décédé en août 2019. Cependant le Qatar a également nié ces affirmations et les a jugées « sans fondement ».

Enquêtes et condamnations

Les services du procureur fédéral de Brooklyn ne donnent aucune autre indication sur l’origine des versements. Cependant en 2017, une enquête pour «corruption active et passive» dans le cadre de l’attribution de la Coupe du monde 2022 avait déjà été ouverte. Auditionné comme témoin en décembre 2017, Michel Platini avait notamment été interrogé sur un déjeuner organisé à l’Elysée, le 23 novembre 2010, auquel il avait participé en présence de Nicolas Sarkozy, Tamin Ben Hamad al-Thani, le prince héritier du Qatar, et Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée.

Actuellement, des enquêtes et informations judiciaires sont ouvertes dans plusieurs pays sur des soupçons de corruption lors de l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022. Et environ 45 personnes physiques et morales sont inculpées par la justice américaine dans l’affaire appelée « Fifagate ». A ce jour, 26 accusés ont plaidé coupable ainsi que 4 personnes physiques.

football Aujourd’hui réclamé par la justice, Jack Warner se trouve toujours à Trinité-Tobago, un Etat des Caraïbes situé près du Venezuela. Son recours contre la demande d’extradition présentée par les Etats-Unis doit encore être examiné par le Privy Council. Bien que l’institution se situe à Londres, elle constitue la plus haute juridiction de droit trinitéen. L’ancien vice-président de la Fifa est également accusé d’avoir vendu son vote pour l’octroi de la Coupe du monde 2010, attribué à l’Afrique du Sud. Absent lors de son procès en 2019, il a été condamné à verser 79 millions de dollars de dommages et intérêts à la Concacaf.
Rafael Salguero a été condamné à une peine de 3 ans d’assignation à résidence en décembre 2018. Cette peine a notamment pris en compte sa collaboration dans l’enquête dirigée par la justice américaine. Enfin, Ricardo Teixeira se trouve actuellement au Brésil, où il échappe aux autorités américaines. 

De son côté, la Fifa a indiqué dans un communiqué qu’elle soutenait «toutes les investigations concernant des actes pénalement répréhensibles présumés» et continuerait de «coopérer avec les autorités judiciaires».

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