Actualité,  Generale

7 min readJournalisme sportif : un match pas toujours égalitaire

La dernière Coupe du monde en Russie a montré que les femmes n’étaient pas si présentes sur le terrain du décryptage sportif. Pour beaucoup, entendre des voix masculines dans le sport est devenu une habitude, voire un confort.
Dans un domaine où le public féminin ne cesse de grandir, atteindrons-nous une parité derrière le micro ?

Aujourd’hui, selon le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel), moins de 20% des journalistes sportifs en France sont des femmes. Ce faible taux a néanmoins progressé. Apparues dans les années 80, les femmes journalistes spécialisées dans le sport sont de plus en plus nombreuses à la télé. Diverses chaînes comme TF1 ou LCI veillent à alimenter la mixité de leur paysage sportif. Ces dernières ont notamment répondu à l’opération, initiée par le CSA, qui a pour objectif « de fédérer l’ensemble des médias audiovisuels et les acteurs du monde sportif pour ancrer plus avant la féminisation du sport dans notre société et contribuer à sa meilleure représentation dans les médias.»

Outre l’aspect théorique de cette mission, le service des sports de TF1 est dirigé par 2 femmes. Anne-Sophie de Kristoffy (directrice du service des sports depuis 2008) et Caroline Henry, son adjointe et visage familier des JT, ont à cœur de traiter le sport féminin régulièrement dans les JT de TF1 et LCI.

Figure emblématique du football, Estelle Denis anime des grands formats pendant les grandes compétitions, sur TF1. Nathalie Iannetta, est également considérée comme une référence dans le football et offre des décryptages très pointus. Quant à Isabelle Ithurburu, qui n’a pas commencé sa carrière dans le sport, s’est définitivement fait une place importante dans le rugby.

 

Caroline Ithurburu

Malgré la difficulté de s’imposer dans un monde majoritairement masculin, quelques femmes ont la chance de se faire une place. Certaines de ces femmes connues du petit écran affirment n’avoir jamais, été mises de côté dans le paysage du sport français. Effectivement, quand nous explorons les sites Internet des chaînes françaises, nous nous rendons vite compte de la mise en valeur de leurs journalistes sportives. Par exemple, Marion Jollès et Charlotte Namura sont en tête d’affiche de l’émission Rendez-vous sport sur TF1.

 

Charlotte Namura et Marion Jollès à l’affiche de l’émission Rendez-vous sport, sur TF1

Malgré ces efforts, les matchs diffusés à 21h ou les grandes courses F1 sont laissées aux hommes quelles que soient les chaînes. Cependant, l’ancrage progressif de ces figures féminines dans le journalisme sportif, laisse majoritairement l’exercice du commentaire aux hommes. Pourquoi ?

La présence des femmes au commentaire sportif est toujours source de discussions houleuses. La semaine dernière, avant le match France-Allemagne diffusé sur M6, le commentateur du match, Denis Balbir a relancé le débat. Invite de l’émission Le Buzz TV du Figaro, le journaliste sportif a considéré que « dans une action de folie, [la femme journaliste] va monter dans les aigües ».
Cette opinion est partagée par un grand nombre de personnes qui « préfèrent » écouter un homme dont la voix est plus grave et, selon eux, plus adaptée aux moments d’actions dans le sport.

Cette déclaration a créé la polémique et fait réagir nombre de journalistes sportives. La Société des Journalistes de RTL a posté un tweet se désolidarisant des propos du journaliste laissant supposer que l’enseigne condamnait cette déclaration.

 

Capture d’écran du tweet posté par la SDJ (RTL), 16/10/18

 

Ces femmes qui consacrent leur vie au décryptage sportif n’hésitent pas à essuyer une multitude d’insultes et de critiques lorsqu’elles se consacrent au rôle de commentatrice sportive. Lors de la Coupe du monde 2018, de nombreuses journalistes ont pu découvrir la réalité du terrain. Le 24 juin, la journaliste brésilienne Julia Guimarães en a fait les frais où un jeune homme tente de l’embrasser de force en direct à la télévision.

 

La journaliste brésilienne Julia Guimarães, Coupe du monde 2018

Cette scène met en avant la régularité de ce type d’agressions dans le journalisme sportif et montre que le phénomène prolifère aussi à l’étranger.

Dans un pays où la liberté de la presse est une priorité, de telles polémiques encourageraient certaines femmes à s’autocensurer. « Foncer et prouver qu’elles en ont les capacités » recommande Nathalie Iannetta aux journalistes sportives qui veulent commenter. Serait-il le temps de mettre en place des quotas au sein des médias afin de promouvoir la présence des femmes journalistes dans le sport ?

Article rédigé par Eva Huin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.