Entretien,  Generale

12 min readEntretien : le nouveau départ d’Elliot Benchetrit

Le joueur Elliot Benchetrit faisait partie, avant sont changement de nationalité, de la relève du tennis tricolore. Et pour cause, il est actuellement classé 223ème mondial – au 08/02/2021 – et a atteint son meilleur classement en février 2020, 198ème mondial. Le niçois nous livre dans cet entretien les raisons de son changement de nationalité pour la Maroc, les évènements qui ont marqué sa carrière et son état d’esprit depuis la crise sanitaire.

  • Est-ce que tu peux nous retracer ton parcours sportif ?

J’ai commencé à jouer au tennis au club de Beaulieu-sur-Mer mais je pratiquais plusieurs sports quand j’étais plus jeune, notamment du ski et du basket. Ensuite, j’étais en sport étude avec des horaires aménagés au Parc Impérial à Nice en 6ème pour m’entraîner davantage. Je me suis rendu compte à ce moment que le tennis était vraiment ce que je voulais faire dans ma vie. Puis, je suis partie à Paris de la 5ème à la 3ème où j’avais des coachs privés pour me lancer sur le circuit mondial des Juniors. Désormais, je suis professionnel, je m’entraîne avec Jean-Michel Pequery à l’Académie de Patrick Mouratoglou à Sophia-Antipolis.

  • Ton palmarès ?

En Junior, j’ai gagné un tournoi de Grade 1 qui m’a permis d’atteindre mon meilleur classement de 33ème mondial en Junior. Cette même année, je faisais partie de l’équipe de France des moins de 18 ans où j’ai remporté le championnat d’Europe par équipe. C’était un moment très important car pour la première fois, je représentais la France. Puis, j’ai gagné trois tournois sur le circuit « secondaire », les Futures. Et depuis fin 2018, je joue des tournois Challenger, le circuit professionnel le plus réputé avant les tournois du Grand Chelem. Le niveau est très élevé mais j’ai eu de bons résultats dans ces tournois, ce qui me permet actuellement d’être classé 223ème mondial, en ayant comme meilleur classement 198ème mondial en février 2020.

  • Quel est le match qui t’a le plus marqué ?

Sans aucun doute le premier tour à Roland-Garros contre Gaël Monfils où je gagne le premier set. J’ai finalement perdu mais j’ai joué un match incroyable, j’ai pris énormément de plaisir en jouant sur le deuxième plus grand court de Roland-Garros avec plus de 10 000 spectateurs ce jour-là. C’est le meilleur joueur que j’ai affronté sur le circuit.

  • Tu as changé récemment de nationalité, pourquoi un tel choix ?

Il y’a plusieurs éléments qui entrent en jeu. Mon père est né au Maroc d’une part et je m’y rends chaque année depuis très jeune, j’ai donc un lien fort avec ce pays depuis ma naissance. Ensuite, le tournoi Grade 1 que j’ai remporté avait lieu au Maroc. J’ai toujours eu le soutien des instances marocaines et des Marocains. Je me suis posé beaucoup de questions concernant ma carrière avec le contexte actuel et j’ai réalisé qu’en représentant le Maroc, je pouvais participer à des compétitions telles que la Coupe Davis ou bien les Jeux Olympiques. C’était aussi l’occasion de prendre un tournant à la fois tennistique et personnel en vivant une nouvelle expérience. Je reste Français mais sur le plan sportif, je représente le Maroc.

  • Est-ce que tu peux nous décrire ton nouveau quotidien ?

Je m’entraîne à Mouratoglou quand je suis en France et à Rabat quand je suis au Maroc. Je jongle entre les deux pays en fonction des joueurs qui s’entraînent dans les clubs, de la localisation des prochains tournois que je vais jouer pour être dans les meilleures conditions possibles.  C’est mon métier donc je m’entraîne entre six et sept jours par semaine en fonction des périodes, 2h30 voire 3h de tennis et 2h de préparation physique par jour ainsi que la récupération.

Les journées sont bien remplies ! Ma préparation évolue progressivement en fonction de mes besoins et la technique moderne qui prend une dimension physique très conséquente. Depuis quelques temps, je suis accompagné par un kinésithérapeute car c’est difficile de gérer des charges de travail désormais plus importantes, c’est quelque chose d’essentiel pour moi et j’en suis très content. J’ai également un nouveau préparateur physique depuis un an et demi avec qui tout se passe très bien, je me sens beaucoup mieux et je sens que je progresse.

  • Qu’est ce qui a été le plus difficile à gérer durant les deux confinements ?

J’ai été un peu autodidacte sur le plan physique et technique, ne sachant pas quand j’allais reprendre. La période était tellement longue que mon objectif était de conserver mon niveau à tout prix. J’ai eu la chance de pouvoir sortir de cette atmosphère compliquée en m’entraînant tous les jours, en prenant du plaisir à faire du sport. J’ai toujours eu cet état d’esprit lors des deux confinements. Ça m’a donné encore plus envie de rejouer lors des tournois.

J’ai pu m’entraîner presque normalement lors du deuxième confinement mais nous avons fait le maximum pour que cela soit le plus optimal possible. Je n’avais pas de grandes attentes car je ne savais pas quand j’allais reprendre, je m’écoutais au jour le jour et je ne me mettais aucune pression. Je me suis senti vraiment privilégié, c’était un bonheur de pouvoir continuer sa passion malgré ce contexte même si ce n’était pas simple de se motiver tous les jours.

  • Quels sont tes conseils pour garder son sang-froid que ce soit à l’entraînement ou en pleine compétition face à la difficulté ?

C’est un apprentissage, je pense sincèrement qu’il faut travailler cela quotidiennement. Le plus dur est de conserver ce bon état d’esprit tout le temps et ce n’est pas forcément évident. Je m’énervais beaucoup quand j’étais plus petit mais maintenant cela va beaucoup mieux, je prends les obstacles comme une façon de progresser. Je pense que c’est comme cela qu’il faut le prendre. Au tennis, l’issue d’un match est davantage liée au mental du joueur qu’au niveau technique quand celui-ci est équivalent. Il faut arriver à garder un niveau constant pendant le match peu importe la difficulté. J’ai gagné tous mes matchs en tournois du Grand Chelem grâce au mental car il y’a une grande pression supplémentaire et celui qui perd son sang-froid va perdre inévitablement le match. Lors des tournois du Grand Chelem, je me suis détaché de l’environnement en me concentrant sur l’essentiel : jouer.

Elliot Benchetrit (Fra) Crédits : tennismajors.com
  • Comment concilier vie sportive et vie personnelle à un tel niveau ?

Quand j’étais jeune, la priorité a toujours été l’école. Evidemment aujourd’hui, c’est complètement différent mais je planifie mes horaires d’entrainement en fonction de ce dont j’ai besoin pour progresser, sans pour autant me mettre en danger physiquement et mentalement. Les membres de mon équipe font très bien la différence entre le travail et les moments de détente. Ma règle de conduite est de conserver ce plaisir de jouer et c’est pour ça que c’est important de rigoler aussi, d’évoluer dans une bonne ambiance. Ce qui me motive, c’est cette volonté d’être meilleur qu’hier, je me bats contre moi uniquement et mon seul but est de progresser.

  • Quelles sont les prochaines échéances importantes de ta saison ? 

Je suis actuellement en Afrique du Sud, je devais jouer en Espagne mais je n’ai pas pu y participer. Mon prochain tournoi sera les qualifications de l’ATP 250 de Santiago au Chili. Avec l’année COVID, c’est compliqué de se fixer des objectifs mais je veux continuer de progresser. Je ne me fixe jamais d’objectif en termes de classement.

  • Où te vois-tu dans 10 ans ?

C’est loin 10 ans ! Tout ce que je sais, c’est que dans 10 ans, j’aurais tout donné pour être la même version de moi-même.

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