Entretien,  Generale

12 min readLaurent Fournier : “Transmettre aux jeunes mon savoir-faire”

Laurent Fournier, joueur emblématique du ballon rond, passé notamment par l’Olympique Lyonnais, l’OM et le PSG a répondu à nos questions. De joueur à entraîneur, des terrains aux bancs, l’intenable milieu de terrain est toujours aussi tenace, même derrière la ligne de touche. Son but ? Transmettre sans compter aux plus jeunes sa passion du football, et les guider vers le monde professionnel.

L’ancien numéro 13 de la capitale avait commencé sa carrière du côté de la ville aux deux collines. L’OL, où à 15 ans il foule les pelouses de la première division française, un record pour l’époque. S’ensuit 20 ans de carrière : L’OM, Bordeaux, le PSG où il incarne une des légendes du club. Avec le PSG, il a tout remporté : championnat, Trophée des champions, coupe de France, coupe de la Ligue, coupe d’Europe. Jusqu’à en devenir l’entraîneur en 2005, Laurent Fournier et le PSG : une histoire vraiment pas comme les autres. Quant à sa carrière, Laurent Fournier est à ce jour, le seul joueur français à avoir disputé trois finales de Coupe d’Europe sous le maillot de clubs français : en 1991 avec l’Olympique de Marseille en C1, en 1996 et en 1997 avec le Paris Saint-Germain en C2. Renversant !

Maintenant loin des projecteurs, au chevet des jeunes, l’ex international français a fondé l’Académie Laurent Fournier. Ainsi, l’expérimenté milieu de terrain est toujours à la passe, mais cette fois-ci , ses coéquipiers sont devenus ses élèves.

Laurent Fournier avec L’OM

Une Académie pour toutes et tous

  • Bonjour Laurent, merci de nous accorder cette interview. Comment allez-vous en ce début d’année ?

Bien même si ça a été compliqué avec le rassemblement des enfants pendant les stages. On a essayé d’avancer en faisant passer des diplômes de préparateur mental aux personnes travaillant à l’Académie, pour être prêt lors de l’après Covid. En plus des diplômes, une ligne de vêtements nommée LF Sport vient d’être montée, pour habiller les enfants de l’Académie. 

Dans l’ensemble, notre travail est de préparer l’après, avancer sans se prendre la tête. C’est comme dans le football où chaque match est différent, l’équipe s’adapte. Au sein de l’Académie, c’est exactement la même chose, on trouve des solutions aux problèmes de notre temps,  dans l’espoir d’être performant lors de la reprise des activités.

  • Après avoir été joueur, entraîneur, fonder votre propre fondation était la suite logique dans votre carrière footballistique ?

Je pense oui puisqu’après la fin de ma carrière en 1998 avec Bastia, l’idée de monter des stages m’est venue instinctivement. Une idée qui trouve ses racines en 1984, du côté de Lyon, où Robert Nouzaret m’avait demandé de partager mon expérience de joueur professionnel auprès des jeunes. C’est pourquoi je les entraînais le mercredi après-midi afin de leur transmettre mon savoir faire et être.

Outre les entraînements, nous nous sommes rendu compte que les clubs amateurs manquaient fortement de matériel et les éducateurs de formation. Donc en 1998, nous avons décidé de nous lancer en montant ces fameux stages pour apporter du matériel et des solutions aux éducateurs. Mon but est d’apporter aux jeunes ce que le football amateur m’a donné enfant. Bref, des solutions, des plots, des cages, de l’encadrement pour toutes et tous.

« Donner du temps aux personnes dans le besoin »

En équipe de France
  • Qu’est-ce qui vous a convaincu de franchir ce cap ? Pourquoi pas une autre voie comme le journalisme ?

Parce que le journalisme n’est pas mon domaine de prédilection. Alors que transmettre un savoir, pouvoir permettre aux enfants de, peut-être, devenir professionnel me tenait à cœur. Ayant commencé le football à 15 ans, ou d’ailleurs j’ai été un des plus jeunes joueurs professionnels à évoluer en équipe première, contribue fortement à mon envie de transmettre. D’autant plus que les clubs amateurs ont réellement envie de recevoir alors que les moyens manquent grandement. Donner du temps aux personnes dans le besoin, telle est la philosophie appliquée à l’Académie Laurent Fournier.

  • Est-ce que même après 20 ans de carrière, être aux côtés des jeunes est aussi formateur qu’être joueur ? 

C’est différent dans un sens ou quand tu es joueur, ton évolution dépend de ton état d’esprit, de ton intégration avec l’équipe, et surtout de ton éducation. Auprès des jeunes, j’apprends autrement, en me faisant écouter, en dirigeant les séances. Auparavant, j’étais acteur, maintenant j’anime et progresse grâce aux enfants. Au fond, le challenge est surtout de se faire comprendre par tous pour avancer. Vivre en groupe permet de grandement évoluer, tout dépend des personnes avec qui tu es.

  • Quel est le conseil que vous donneriez à tous les jeunes qui souhaitent marcher sur vos traces ?

De se faire plaisir ! Ne pas rechigner pour aller à l’entraînement comme j’ai pu le faire à Lyon. Malgré les 45 minutes de trajet, les trois bus, je m’éclatais sur le terrain. Je pense sincèrement qu’il faut éviter “la bourgeoisrisation”, arrêter les caprices autrement dit. Enfin, ne pas croire que prendre un cuisinier, un chauffeur est valorisant. Cette valorisation se fait dans ce qu’on ressent et ce qu’on aime. J’ai adoré me lever à 6h du matin, prendre 3 bus pour tout donner sur le terrain. Je me faisais plaisir, et ça c’est le plus important ! De se valoriser par rapport à ce qu’on aime et non par rapport à ce que les gens te disent.

« Le plaisir, le partage, c’est le plus important »

  • Si vous deviez choisir un joueur professionnel comme modèle dans les écoles de football, lequel choisiriez-vous ?

Marquinhos, parce que je trouve qu’il a cette humilité que de nombreux joueurs n’ont pas. Un leader sur et en dehors des terrains, respectueux, travailleur. C’est pour moi l’exemple à suivre et à montrer dans les écoles de football. Néanmoins, je m’arrête là concernant les louanges à son égard, sinon la Ligue des Champions va nous filer sous le nez. (rires) 

  • Quel est votre avis sur le football moderne ? Est-il si différent de celui que vous avez connu ?

Je dirais qu’il y a moins de talents de nos jours. À notre époque, nous n’avions le droit qu’à trois joueurs étrangers et les joueurs français étaient bien plus valorisés. La différence se situe dans le niveau des joueurs et surtout le nombre de talents à mon goût. Par exemple, le championnat français (Ligue 1), ou le niveau était bien plus élevé. Si le PSG dans les années 90 avait pu faire jouer 4 joueurs étrangers (Weah, Raí, Ricardo, Valdo), le score aurait été différent face à Arsenal en demi-finale de coupe d’Europe (1994). Notre entraîneur Artur Jorge avait dû se priver de Raí ou de Weah, avec l’ensemble de nos joueurs, la Ligue des champions serait déjà au Parc des Princes.

« Je dirais qu’il y a moins de talents de nos jours »

  • En tant qu’ex entraîneur du PSG, quel joueur vous a le plus surpris au sein de l’effectif du club de la capitale ?

Pour son sens du collectif, du partage, je pense que Lionel Letizi est le joueur qui m’a le plus marqué. En tant que gardien de l’équipe, il savait prendre la parole, avoir les bons mots pour tous. Autrement dit, Letizi avait un réel impact sur l’équipe et dans sa gestion. Quand on évoque le collectif, il est la personne à citer.

  • Est-ce que entraîner le PSG d’aujourd’hui vous intéresserait ?

Totalement ! Avec ce panel de joueurs de classes internationales qu’à le PSG, ce serait un vrai plaisir de pouvoir manager des joueurs de ce niveau. Puis quand tu es entraîneur, tu as envie d’entraîner les meilleurs. Sans hésitation, un grand OUI !

  • Votre meilleur souvenir dans votre carrière de footballeur ?

Le meilleur est difficile à choisir parce qu’ils sont nombreux, finale avec le PSG contre le FC Barcelone en Coupe d’Europe, avec l’OM. Mais pour en choisir un, c’est mon premier match en professionnel avec Lyon face à Strasbourg, le 8 novembre 1980 : un rêve devenu réalité.

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