Alice Milliat, l’histoire d’une lutte pour la pratique sportive féminine
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Le sport est pour certains une passion, une raison de vivre… Pour Alice MILLIAT, il s’agissait d’un combat social pour permettre la reconnaissance du sport féminin. L’inauguration d’une œuvre d’art à la maison du sport français en hommage à cette pionnière du féminisme en ce lundi 8 mars 2021 est pour nous l’occasion de retracer son histoire, ses accomplissements et de mettre en lumière son héritage pour tous.

Entre sport et société, son combat était celui du sport pour tous. Des instances dirigeantes sportives aux Jeux Olympiques, son histoire a changé le cours du sport…

Le 5 mai 1884 marque la naissance d’une future pionnière à Nantes quant à la place des femmes. Son éducation tournée vers une émancipation par le travail colle avec l’entame du renouveau pour les femmes. Alice MILLIAT suit une formation de sténodactylographe avant de partir à Londres et de s’insérer dans le monde de l’enseignement en devenant institutrice puis traductrice au début du XXème siècle. Une indépendance souhaitée de par ses voyages dans le monde et une ambition de réussite tant professionnelle que personnelle finalisée par un mariage en 1904 avec son conjoint Joseph MILLIAT (qui la laissera veuve 4 ans plus tard), avant de trouver sa voie. Londres est à l’époque bousculée par le Mouvement des « Suffragettes » luttant pour le droit de vote pour les femmes. Il s’agit là du début de la lutte féministe d’Alice MILLIAT…

Alice Milliat, l’histoire d’une lutte pour la pratique sportive féminine

La voie londonienne

La passerelle féministe entre le sport et la société est pour l’époque fine : l’ouverture aux femmes n’est que très partielle. En atteste la seule ouverture du tennis et du golf aux femmes au tout début du XXème siècle… La reconnaissance de la gente féminine dans le sport prend du temps. Elle nécessite alors un changement majeur de mentalités mais aussi un engagement visible de femmes « fortes » et « engagées ». Le sport féminin se développe peu à peu avec la création de plusieurs clubs omnisports. En atteste la création d’Academia, En Avant ou encore Femina Sport en 1912 qu’Alice MILLIAT rejoindra avant d’en devenir la présidente en 1915.

L’ascension ne fait que commencer, le mouvement féminin sportif existe enfin. C’est alors en 1917 qu’elle créa la Fédération des Sociétés Féminines et Sportives de France avec plusieurs autres sportives féministes, avant une nouvelle fois d’en devenir la présidente l’année suivante. Celle-ci comptabilisera plus de 50 000 licenciés en 1924 et lancera les Championnats de France d’athlétisme et de football féminin. Un gap qui marquera l’époque.

Le début de « la conquête féminine » des compétitions internationales

C’est en 1919 que la reconnaissance du sport féminin est à un tournant, celui d’une participation féminine aux Jeux Olympiques. Demande fermement refusée par Pierre de Coubertin et par le Comité International Olympique pour l’édition 1920 à Anvers. La société n’est pas encline à la pratique féminine mais le sport féminin rebondit dès 1921 sous son impulsion avec l’organisation du 1er Meeting International de Sport Féminin à Monte-Carlo et la création de la Fédération Sportive Féminine Internationale pour organiser leurs Jeux Olympiques en 1922 puis tout les 4 ans ! Une première édition à Paris avec 5 nations et 13 épreuves d’athlétisme. Une deuxième à Stockholm et Göteborg en 1926 avec 8 nations et 83 athlètes pour un changement qui s’amorce… L’idée de ces Jeux n’était pas de créer une compétition mais de prouver aux yeux de tous des capacités sportives féminines.

Alice Milliat, l’histoire d’une lutte pour la pratique sportive féminine
Alice Milliat, en tant que membre du jury d’athlétisme lors des Jeux Olympiques d’Amsterdam en 1928

Un pari réussi ? Sur du long terme. Alice MILLIAT souffre du lent changement des mentalités. Ses deux fédérations observent une réduction des subventions ministérielles qui leur étaient allouées. Les moyens financiers de ses entités de plus en plus limitées provoque une réduction de l’activité sportive des pratiquantes et donc de la remise en question du mouvement féministe, du moins à court terme… C’est en 1928 que vient la « consécration », avec l’intégration de 5 épreuves d’athlétisme féminin aux Jeux Olympiques d’Amsterdam.

Une entrée mineure pour une exposition contrôlée par les instances encore « masculines » jusqu’en 1980

En parallèle de cette intégration aux Jeux Olympiques, les Jeux Féminins se poursuivront ensuite avec Prague et Londres en 1930 et 1934. Cette dernière étant également celle d’Alice MILLIAT qui démissionne la même année de la Fédération Sportive Féminine Internationale, qui s’entérinera en 1940, et de la Fédération des Sociétés Féminines et Sportives de France. Malade, et cible d’attaques publiques pour sa lutte, elle se retirera du « devant » de la scène. Les Jeux Féminins remplacés par un programme olympique de 9 épreuves à partir de 1936, l’intégration de la pratique féminine sera lente. L’arrivée de Juan Antonio SAMARANCH au C.I.O en 1980 instaurera une politique égalitaire aux Jeux Olympiques pour les éditions suivantes.

Son combat aura été celui de sa vie, le sport féminin lui en est donc redevable. Alice MILLIAT décèdera le 19 Mai 1957 à Paris à l’âge de 73 ans. 

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